Les mains lâchées - Couverture

Les mains lâchées, Anaïs Llobet

Les mains lâchées - CouvertureRésumé :

« Une vague monstrueuse, soulevée par un typhon meurtrier, dévaste les Philippines en quelques minutes et ravage sa myriade d’îles.

Sur l’une d’elles, Madel reprend connaissance, seule au milieu du chaos. Jan, l’homme qu’elle aime, a disparu. Et elle a lâché la main de l’enfant qu’il lui avait confié.

Au prix d’une difficile anesthésie des sentiments, la jeune journaliste se plonge dans son travail, en équilibre entre information et voyeurisme, quand tous les médias du monde se tournent vers les Philippines.

Recueillir la parole survivante, nouer des liens avec les rescapés, c’est conjurer la mort. Mais un typhon de cette violence ne laisse jamais en paix ceux qu’il a épargnés. »

Coup de Coeur :

Un texte fort, poignant, immersif, réaliste !

En effet, l’auteur nous raconte sa propre expérience. Elle était aux Philippines lors du passage du typhon Haiyan.
Nous savons dés le départ que l’histoire sera terrible, horrible même, et pourtant j’ai tourné les pages avec avidité car je n’arrivais pas à croire la cruauté des éléments et surtout des systèmes soi-disant mis en place pour protéger les populations locales menacées par les colères de la Nature ! Il y a une terrible injustice, et une forme d’indifférence terrifiante !

Madel se réveille au milieu des ruines de la maison de Jan, son compagnon, un philippin. C’est l’horreur : il n’y a plus personne de vivants à ses côtés, ou alors ses proches ont disparu : sont-ils en vie ou le typhon les a-t-il sacrifié à sa voracité? Elle va alors sortir des décombres et tenter de retrouver d’autres survivants et de contacter son patron et ses proches pour les rassurer. C’est là que tout bascule à nouveau : on lui envoie une autre journaliste avec caméra afin de faire des capsules journalistiques et instantanées sur son expérience et de traquer les images trash qui vont marquer le reste du monde ! Et surtout en parler avant les autres chaînes de télévision, afin d’en avoir la primeur, l’exclusivité ! La jeune femme va tenter de mettre ses émotions entre parenthèses, son inquiétude pour Jan, sa révolte pour la situation qu’elle découvre encore plus catastrophique qu’elle ne l’avait imaginée ! Elle va suivre les pompiers, les urgentistes dans leurs tâches macabres, retrouver des visages connus, découvrir les situations inimaginables, recueillir des témoignages très différents…
On voit une jeune femme différente, changée, meurtrie, et toujours sous le choc émerger des dernières pages…

J’ai été choquée par l’insensibilité des médias, leurs recherches de l’images la plus sensationnelles, leur voyeurisme sans vergogne, leur froideur vis-à-vis de leurs employés et comment ceux-ci cherchent des particules de bonheur, de bien-être pour tenir le coup dans cette situation. Extérieurement les gens semblent forts, puis on découvre petit à petit des failles, les émotions prennent le dessus, comme un vague, comme le tsunami qui a ravagé leur quotidien !!!

Un premier roman pudique, sensible, juste, et avec une certaine distance ! C’est justement cette distance qui m’a refroidie, car je n’ai pas réussi à m’attacher complètement à Madel. On sent que l’autrice est journaliste car certains passages étaient quasiment documentaire ! Néanmoins je recommande ce roman à toutes celles et ceux qui désirent s’immerger dans les conséquences humaines du passage d’un typhon sur des populations pas assez préparées pour affronter ce genre de cataclysme ! Un texte qui m’aura surtout touché par son sujet atypique et la tension qui ne se relâche pas une seule fois !

Citations :

Au stade d’une fragile coquille, à chaque choc elle s’effrite…

Yolanda joue avec la maison comme un chat avec une souris et, un instant, je pense que ça y est, nous nous sommes envolés, nous tournons dans l’oeil du typhon.

Pas d’eau, rien à manger, mais du wifi : bienvenue à l’ère moderne des catastrophes.

J’arrache un morceau d’écorce au ficus ; sa peau toute douce est encore gorgée de sève, pleine de vie. En contrebas de la colline, de lourdes vagues s’abattent dans un ruminement constant. Le silence des hommes me fait frissonner ; il n’y a que la mer qui parle encore à Tacloban.

Je me dis que je ne suis pas belle à voir, qu’il y a des choses que, à moi, aussi, on ne saurait pardonner si j’étais sur le banc des accusés.

Voilà, c’est ça, le fond de l’horreur. Cette petite flamme d’espoir qui vous lacère le cœur et n’en finit pas de vous ronger l’âme. Et quand on décide d l’éteindre, en la pinçant de nos deux doigts, c’est au prix d’une brûlure qui ne nous quittera jamais. La brûlure de l’oubli.

Intensité du coup de coeur

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