La Fileuse de verre - CouvertureRésumé :

« À Murano, le long des canaux et des ruelles, derrière les portes des ateliers, maestros et apprentis domptent le verre. Le secret de leur savoir-faire, qui ne doit jamais atteindre la terraferma, n’est pas l’affaire des femmes. Pourtant, à la mort de son père, voyant l’entreprise familiale décliner, Orsola Rosso décide de sauver sa famille de la ruine en apprenant à fabriquer des perles de verre. Un art qui ne va pas sans celui du commerce. Découvrant le ballet des marchandises dans le port de Venise, Orsola comprend qu’elle devra œuvrer sans relâche pour atteindre la perfection et déjouer les pièges de la négociation. Et ceux de l’amour, quand Antonio, pêcheur vénitien, rejoint l’atelier Rosso…
De ce côté de la lagune, le temps s’écoule différemment. Telle une pierre ricochant sur l’eau, le récit traverse, de siècle en siècle, guerres et épidémies, amours et deuils, tandis qu’Orsola façonne ses bijoux. S’ils servent déjà de monnaie d’échange sur le continent africain, ils orneront bientôt le cou d’impératrices, de Vienne à Paris, et feront un jour le bonheur des touristes de la Sérénissime.

Tracy Chevalier fait le portrait d’une femme, celui d’une famille et celui d’une ville, aussi intemporelles que le sont les chefs-d’œuvre de l’île du verre.

Coup de Cœur :

Quel bonheur de retrouver la plume de Tracy Chevalier quatre ans après son dernier roman, La Brodeuse de Winchester. Cette autrice est une valeur sûre depuis ma découverte de La Jeune fille à la perle il y a plus de 20 ans. Depuis, elle m’a séduite avec La Dame à la licorne, Prodigieuses créatures, La dernière fugitive, et A l’orée du verger. Il y a aussi un roman un peu à part, Le Nouveau, une réécriture moderne d’Othello.

Cette fois-ci, elle emmène ses lecteurs dans un récit original dans une famille de maîtres verriers sur l’île de Murano, voisine de la Sérénissime Venise ! De ce côté de la lagune, le temps ne s’écoule pas de la même manière, différemment, tout comme le verre qui a été dompté par les maîtres verriers.

Tout commence en 1486, dans la famille Rosso. Dans l’atelier familial, le long des canaux, derrière les portes soigneusement closes, les maestros apprennent à leurs apprentis et à leurs ouvriers à travailler le verre, ce sont des secrets jalousement gardés, chacun avec son savoir-faire qui ne doit surtout jamais atteindre la « terraferma ». Ce savoir est réservé aux hommes nés sur Murano, les femmes ne sont pas censées travailler le verre. Quand le père de famille et maestro de l’atelier Rosso décède brutalement, la faillite les menace, Orsola Rossa met tout en œuvre pour éviter la ruine. En secret, elle s’initie à l’art de fabriquer des perles de verres, et elle se doit d’atteindre la perfection si elle veut être acceptée par les hommes. Elle découvre aussi le commerce, le port de Venise, les marchands, la négociation, et c’est l’entreprise de toute une vie qu’elle débute.
A travers le destin d’Orsola et de sa famille, Tracy Chevalier raconte l’histoire de la lagune avec ses guerres, ses épidémies, ses tragédies, ses victoires, ses amours, ses deuils, ses occupations… Au fil des années, la fileuse de verre améliore son savoir-faire, accroît sa production, et continue de fournir son marchands tant pour l’Europe, que l’Orient et les Amériques. Avec elle, on traverse les siècles, on découvre l’évolution du travail du verre, le portrait d’une ville et d’une famille. Avec Orsola, on suit une enfant qui devient une adulte, amoureuse, mariée et puis veuve, avec toujours sa famille autour d’elle : des naissances, des mariages, des décès, des personnes qui arrivent, d’autres qui partent. En plus de sa famille, il y a aussi un marchand qui s’occupe d’exporter ses créations dans le monde, un gondolier avec qui une amitié se noue au fil du temps, d’autres amitiés plus ou moins importantes…

L’autrice décrit incroyablement bien l’atmosphère des lieux, des décors, ainsi que tout l’artisanat qui y est produit. On sent un long et profond travail de documentation historique sur Murano et Venise, ainsi que sur le travail complexe de verrier.
La plume est toujours belle, travaillée, précise, descriptive, et immersive. Toute l’originalité réside dans sa construction faisant traverser les siècles à ses personnages grâce à un tour de passe-passe temporel crédible grâce à l’intelligence de la romancière. Au début, ça peut sembler déstabilisant car les époques défilent mais les protagonistes vieillissent à un rythme bien plus lent, permettant ainsi à l’écrivaine d’inclure des phases marquantes de l’histoire de Venise sans devoir changer ses personnages. Elle nous parle de la concurrence qui naît ailleurs, de la grande épidémie de peste de 1630, des conséquences de la révolution française, de sa domination autrichienne et ses conséquences tragiques… et de bien d’autres jusqu’à aujourd’hui.
C’est astucieux et très bien amené.

Un roman dense, émouvant, richement documenté, une véritable épopée romanesque ! Le récit est précis, épique dans un univers singulier.
Une lecture foisonnante et passionnante !

Intensité du coup de coeur