Trop humain - CouvertureRésumé :

« La pièce mesure dans les quinze mètres de long, sept de large. Trois mètres cinquante sous plafond. A intervalles réguliers, six panneaux étroits de papier peint, couleur chocolat, barrent verticalement les murs bleu paon. Ces panneaux imitent des piliers, chapeautés « pour de vrai » d’appliques en opaline bleue, qui renvoient la lumière vers le plafond cuivré. Le lustre central, de la même opaline, clignote, crépite, envoie comme un appel, réfléchi sur le parquet de bois noir. Noir fossile. Lac sacré. Suzie, éblouie, est un peu sonnée de se retrouver au seuil de cette pièce dans laquelle elle n’a pas pénétré depuis longtemps.

Le village de Tharcy somnole depuis des lustres. Suzie n’a plus d’âge et tient l’unique café, autrefois hôtel-restaurant – Le Bal. Ces derniers temps, cependant, de jeunes néo-ruraux viennent s’installer en communautés dans les fermes alentour. Et monsieur Peck, un ingénieur à la retraite, a quitté Paris pour acheter le presbytère.
Il est accompagné d’un incroyable assistant de vie électronique, Tchap, qui va semer le trouble dans tous les esprits.

Trop humain est le deuxième roman d’Anne Delaflotte Mehdevi publié chez Buchet/Chastel. »

Mon avis :

Perplexe, intriguée et en même temps, surprise par ce dernier roman de Anne Delaflotte Mehdevi.

Tharcy, petit village français a vu sa population baissé dangereusement, il somnole doucement jusqu’à l’arrivée de ces jeunes néo-ruraux qui veulent retrouver la vie d’antan avec le confort d’aujourd’hui, dans des petits communautés installées au cœur d’anciennes fermes qu’ils restaurent. Un ingénieur à la retraite, monsieur Peck a acheté l’ancien presbytère et il s’y installe accompagné d’un AVE : un assistant de vie électronique, Tchap, un robot humanoïde surprenant. Il va éveillé la curiosité des villageois, parfois leur peur et leur opposition à cette modernité qui irait trop loin. Suzie tient le Bal, le seul café du village, un ancien hôtel restaurant. Elle fait juste maximum douze couverts le midi. M. Peck vient régulièrement boire un verre à son comptoir, avec Tchap. La vieille dame est vite fascinée par cette merveille de technologie qui l’écoute, la fait danser, et lui propose de devenir un sujet d’étude. Elle commence à lui raconter sa vie, en parlant d’abord de sa maman et de leur vie pendant la Seconde Guerre Mondiale, avec l’occupation puis la Libération. Autour de Suzie, on rencontre d’autres personnages tout aussi attachants : Marius, un globe-trotter opposé à la technologie qui lui donne un coup de main pour gérer le bar, et Clara, l’héritière d’Alfredine, la marraine et confidente décédée de notre héroïne. Cette dernière a emménagé dans la maison voisine. Tous ensemble, ils se lancent dans un beau projet : rouvrir la salle de bal fermée depuis la Libération et ses sombres aspects.

Un roman inclassable qui mêle anticipation et moments du passé qui forgent l’avenir. Je ne peux dire si je l’ai aimé ou pas. Une chose est sûre, il pose des questions, interroge sur l’intelligence artificielle et ses conséquences.
Le ton est nostalgique d’une époque que les générations d’aujourd’hui ne connaîtront jamais. C’est un grand écart entre le passé et l’avenir, sur la tension liée au progrès, où tout doit toujours aller plus vite, et où le paraître semble être désormais plus important que la réalité… La plume est toujours aussi élégante, le style est incisif, rapide et les dialogues sont très nombreux : le lieux invite à de longues et fréquentes discussions entre les clients du bar.

Une lecture douce-amère, qui m’a laissé avec quelques interrogations et invite à la réflexion.

Une autrice qui ose, qui nous emmène dans des univers différents.
Mes avis sur mes lectures de ces romans précédents

* La relieuse du gué
* Le portefeuille rouge (la suite du précédent)
* Fugue
* Le livre des heures

Citations :

* Les ragots sont une des distractions qu’on s’offre à la campagne, à défaut de théâtre.

* L’imprévu pour une machine, c’est la panne. Pour nous le hasard, une coïncidence, l’imprévu c’est la vie.

Intensité du coup de coeur